Une histoire de Café…

Un sachet de café woyo

Serge Katenbera, un ami et bloggeur congolais, résident au Brésil m’a inspiré cette article, suite à la publication d’un billet datant d’avril 2013 sur son blog. Depuis, cette idée de redonner le gout de ce fameux café dit Touba à un frère trop loin de son continent, me trotte dans l’esprit, comme Lucky Luke trotte sur sa monture, las de traquer en vain les Daltons qui ressortent toujours aussi facilement qu’ils entrent en prison.

Serge, suite à son dernier séjour, au pays de la Téranga, n’avait pas pu aimer ce café inventé par un esprit qu’il qualifiait de « tordu…et auquel tout un pays s’était mis ». Il n’a point apprécié en comparaison à l’ataye ce mélange absurde qui se vendait dans toutes les rues de la capitale sénégalaise. Enfin, il n’a pas compris comment 50 traqueurs d’information sur Dakar, sont restés indifférents face à un tel produit, objet de consommation national aux vertus dites aphrodisiaques. Les bins bins, les dreadlocks sénégalais, Gorée ho Gorée, le riz ha le riz, les Tags sur les murs, les charrettes, Jokkolabs, CESTI, les véhicules de transport en commun,…ont plus fait l’objet de traitement. Pourtant, Café Touba, omniprésent à tous les coins de rue et lieux inexperés et même à des heures indues, comme le wolof, a été zappé.

Bien évidement, en écrivant et de son aveu, mon ami a voulu faire de l’humour. Humour qui lui a valu une vingtaine de réactions aussi citronnées que tendres de lecteurs aux origines multiples.

A la lecture de son papier, j’ai commenté que « j’en étais choqué ». Bien évidemment, ce commentaire fut le reflet de la réaction que tout amoureux, récent, lorsque l’objet de son amour était qualitativement remis en cause. Je me suis à la vérité senti  frustré dans mon amour propre pour le café en général. Pardon indigné. Indigné, comme interpelé, à rappeler à mon ami, ce qu’il a manqué, en n’osant pas savourer ce bon café que d’autres auraient qualifié d’exotique. Indigné au point de vouloir présenté à mon ami, un autre mélange d’un esprit tordu de je ne sais quelle origine, mélange dont une grande partie de la population ivoirienne se méfie, quant à sa concoction et ses vertus : le café WÖYÖ.

Café moulu servant à preparer le Touuba et le Woyo

Revenons au fameux café Touba. Serge a presque tout dit. Il est vendu partout dans les rues et ruelles sablonneuses de Dakar, pour 50FCFA la coupe. Ce mélange de poudre de café aromatisé au poivre, au gingembre et piment séchés a une saveur atypique et impulse au corps qui le sirote une sensation de chaleur dans ce pays où le climat ruse en déjouant toutes les prévisions météorologique. S’il  doit son patronyme et sa réputation à Touba une région du Sénégal où une grande confrérie musulmane, les Mourides, se trouve, il est une boisson symbolisant une Afrique plurielle et reconstituée. Surement, les vibrations positives que dégageraient cette région vue son influence religieuse et la faramineuse quantité de bénédictions émises au quotidien par les prêcheurs et prieurs, justifie que chacun veuille porter ce nom pour soit avoir de la chance, ou mériter de figurer aux nombres des futur admis au paradis, soit se protéger. Mais Passons

Afrique reconstituée parce que d’un, le Sénégal n’étant pas un pays producteur de café, il serait donc importé d’un autre des pays africain. Afrique de l’ouest, centrale, orientale…peu importe, le café qui compose la fameuse poudre ne parle pas sénégalais. De deux le piment sec, le gingembre, le poivre et autres ingrédients qui servent à l’aromatiser viennent de Bissau, du Burkina, de la Côte d’Ivoire, du Gabon et d’ou encore… ? Café Touba, est donc un produit qui établit un pont entre deux Afrique. Centrale et occidentale peut-être orientale.

De l’avis de certains transporteurs, charretiers, petits commerçants ambulants… le café Touba est proche du peuple. Une boisson qui réveille les sens du travailleur lambda. Celui qui du réveil au couché du soleil, sur sa charrette, dans son véhicule, devant son étable, sur les trottoirs ou au Plateau emmerdant les touristes et tous les étrangers qui ne parlent pas wolof, trouve en cette chaude boisson, un compagnon, un médicament… Et oui, ce café serait aussi aimé pour ses vertus : laxatifs car il déconstipe, aphrodisiaque et thérapeutique grâce aux autres éléments qui le constituent. Si je puisse confirmer le premier, je me garde de vous partager mon avis sur le deuxième effet. Encore une fois, passons.

A Abidjan, quand le café devient une affaire de Sénégalais, de Guinéens, de Maliens ou de Gambiens (dans tous les cas, ce sont des pays voisins) il prend le nom de Wôyô. Wôyô dans l’argot ivoirien dit Nouchi signifie-dire de discours, parole, rumeur. Le café Wôyô ivoirien rendrait donc prolixe, bavard. Ou encore, les consommateurs de cette boisson, se retrouvent autour de leur pot, pour bavarder.

Café Wôyô comme Touba est un mélange trouvé par un autre esprit tordu. Un mélange de café moulu aromatisé de poivre, de piment et de gingembre et je ne sais quoi d’autre produit de la nature ou trouvaille des vendeurs. Comme Touba, Wôyô se vend en longueur de journée. Non pas comme de façon ambulante au Sénégal, mais en des points fixes, comme sur des terrasses occidentales. Wôyô ne se vend pas par des ivoiriens. Pour être justes, les ivoiriens qui tiennent des points de vente de café en général et de Wôyô en particulier, sont rares. Pardon peu nombreux. Il parait que l’ivoirien est trop fier pour les petits commerces qui enrichissent les ressortissants des pays ivoiriens peuplant les bidons villes de la capitales et travaillant divers secteurs, de l’appel du muézin à la tombée de la nuit. Wôyô s’est donc l’affaire des étrangers.

A Treichville,ou Treichtown la plus sénégalaise des communes d’Abidjan, là où le nombre de mosquées rivalise avec celui des commerces tenus par les sénégalais, le café Touba devenu Wôyô, coule toute la journée. Il inspire les plus beaux boubous, les plus belles broderies, les plus belles sculptures. Il fait naitre des mains arrogantes de Sénégalais bien installés, l’essence de leur savoir-faire, leur talent, même dans les contrefaçons les plus réussies. A Treichtown, les sénégalais ont importé leur goût de la cherté. Le prix du café Wôyô (entre 75 et 100 FCFA le p’tit verre de thé ataye) m’a fait perdre l’envie de prendre mon pot en ces lieux quand le hasard m’y conduit.

Mon Wôyô, je le bois à Yopougon (Poy ou Yop) la plus grande commune du pays et dit-on de la sous région. A Poy ou Yop, on me serre chaque soir 1, 2, 3, 4, 5 pots (verres) au quotidien pour 50FCFA l’unité. En sachet ou dans un verre, je sirote mon mélange aux origines inconnues, j’écoute les derniers sons du pays (rumeurs) racontés par des chauffeurs, des gnambro (les petits rabatteurs dans les gares routières), des apprentis de Gbaka (véhicule de transport intercommunal), des ouvriers, fonctionnaires, chômeurs, DJ… las de leur journée dans ce pays, où les chiffres sont les indicateurs de « tout va bien ». Passons.

Ici, le café Wôyô, est le caviar des grouilleurs, des débrouillards, de ces gens qui au quotidien se tue à la tache pour ne pas vivre en dessous de l’EURO symbolique. C’est le stimulant de ceux qui bosse ici et là pour rapporter à la maison la pitance du jour. Wôyô est un motif de retrouvailles, d’échanges…Il est pour certain ce que représentent l’essence et le gasoil pour une voiture. Il donne du tonus et de l’ardeur à l’Apprenti de Gbaka, qui en longueur de journée crie comme un Stentor pour rabattre ses clients. Il aide certain bosser pendant les périodes d’examen. Il permet à d’autres, très grands consommateur de Garba (semoule de manioc farci à la vapeur) d’avoir des anus quiets. Wôyô est un laxatif. On m’a aussi dit qu’il dépanne tous ceux qui ont des problèmes au lit. Là dessus, je ne peux me prononcer. Je suis toujours en quête d’une personne qui a déjà été dépanné par Wôyô.

Si, enfin on lui concède des vertus thérapeutiques, à cause certainement des fèves de poivres, il est aussi pour les vendeurs un bon gagne pain. Les conducteurs parait-il y trouvent leur dose quotidienne. Quand ils passent leur commande, au volant de leurs bolides de Gbaka ou de WoroWoro (les taxis), ils brandissent un (1) ou deux (2) doigts. D’après les langues curieuses cela signifierait une ou deux doses. Doses de quoi ? Je vais me renseigner sur la question.

Ouf, café Touba ou Wôyô n’empêche pas la vente, ni la consommation d’autres types de café d’autre qualité. Mais moi, pour me moment, je suis encore au Wôyô. Peut-être qu’un jour, je réussirai à partager mon dada avec mon ami. Car ces cafés sont à l’image d’une Afrique colorée, riche et aux saveurs reconstituées. Chaque pays donne un p’tit brin de soit, pour faire le plaisir de quelques papilles.

Peace.

About aly

Moi, apprenti philosophie, apprenti blogueur, amoureux des TIC sans volonté de prise en mains des outils. #UNBCI_ #SiamoisScout #CCitoyennes
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