JE SALIS MA VILLE ET APRES?

Photo humour ( Photo Facebook)

A Abidjan, comme dans les autres villes de notre cher pays, une anarchie environnementale se …réinstalle. On dira simplement que c’est de l’incivisme. Mais et alors, est-ce ma faute? Je n’ai jamais compris la vigueur avec laquelle les politiciens se tuent à prendre des mesures, à faire voter des lois, a investir des millions pour les vulgariser à travers des campagnes médiatiques les plus savamment montées. J’imagine que toute action politique a un but – naturellement -. Mais, encore je cherche à comprendre comment de grands projets politiques tombent aussi vite dans les oubliettes ; la négligence avec laquelle les grandes œuvres, les grands investissements, les grandes infrastructures…les grandes lois sont suivi (e) s, géré (e) s.

La politique de déguerpissement et d’assainissement des villes de la ministre de la salubrité des villes du premier gouvernement post crise, Madame Anne Ouloto dit Mamie Casse Tout, semble avoir été d’une efficacité éphémère et pas pérenne. A l’époque, la simple évocation du nom de la Ministre amenait plus d’uns à réviser sa position et revoir l’emplacement de son commerce, de son kiosque, de sa poubelle, mais depuis que la ministre s’occupe d’un autre poste ministériel le nouveau boss de ce département semble avoir une autre stratégie. Le terrain semble ne pas être une priorité.

On a commencé, dès les premiers mois à être très fier d’Abidjan devenu une belle et saine ville. Mais très vite le pays est redevenu très sale. Le Président de la République l’a avoué il y a quelques mois. Il n’eu point tort. Les dépôts sauvages d’ordures renaissent de leur cendre, les canaux d’évacuations sont à nouveau bouchés très bouchés d’ailleurs, les installations anarchiques le long des routes sont de retour, on reconstruit au delà des poteaux électriques  etc.

Ces jours, au Plateau, j’ai vu au coin d’une rue, non loin des tours administratives, certainement une vielle affiche de campagne du Ministère de l’environnement, de la salubrité urbaine et du développement durable. L’affiche annonçant une campagne ou classiquement comme on a l’habitude de le voir « une opération pays propre ». Je rêve de voir comment cela est possible, bien qu’ayant déjà participé multiple fois à ce type d’opération, qui  commence toujours par des discours, des distributions de balaie et gangs, une simulation de nettoyage, une collation dinatoire et, enfin, un rapport de satisfaction. On ne va pas loin. Et le pays n’est jamais propre, parce que jamais, il n’est passé dans la salle et sur la table d’opération.

L’affiche, en présentant deux personnes, l’une urinant en pleine rue et l’autre déversant des ordures ici et là, conseillait en ces terme « la rue, c’est comme chez toi, elle doit rester propre ». Je vous assure que cela reste à vérifier. Allez le demander aux ivoiriens.  Allez à dans n’importe qu’elle commune de n’importe quelle région du pays, vous verrez que les ivoiriens sont propres dehors et très salle à la maison. Surement elle présentait le comportement des ivoiriens vis-à-vis de leur environnement. Incivisme ou manque de choix ?

A la vue de cette affiche, j’aurais voulu répondre à l’afficheur, – me sentant directement interpeler – que chez moi, je sais où déposer mes ordures parce qu’il y a une poubelle. Que les politiques remplissent nos villes de poubelles et de points de dépôt  des ordures. Vous verrez que l’ivoirien, trop fier, serra bon client de ces endroits. Chez moi, il y a des toilettes, alors je sais où traire la vessie. Que les politiciens ouvrent dans nos villes des toilettes publiques à tous les coins de rue, bien entretenues et que la police de salubrité soit plus vigilante et moins corrompue. Vous verrez que les ivoiriens qui citent toujours le Ghana en exemple, même saoulés, ne pisseront point partout. Mais passons.

En regardant l’affiche du Plateau, j’ai compris que les responsables de l’insalubrité de nos villes étaient désignés tout de fait. Selon une logique, quand on connait déjà le problème, on le soigne, on le coupe, on l’interpelle, on le sanctionne, on l’éduque, selon le cas. Cette affiche était oublieuse d’une autre catégorie de pollueur, de salisseur de nos espaces urbains. Pourtant dans Abidjan, comme à l’intérieur, cette catégorie ne se cache pas. Il faut donc dresser, au risque d’être injuste, le tableau court de ceux qui salissent nos villes.

Banderole Opération Pays propre (© photo – Badra)

D’abord les vendeurs, les commerçants et leurs sachets…

Il parait que dans 6 mois, le pays se sera débarrassé de tous ces sachets. L’Etat a sommé les différentes entreprises de prendre leurs précautions pour évacuer les stocks. Les corbeaux, ont aussi fait des statistiques pour montrer le nombre d’emplois que cette mesure gouvernementale, supprimerait.  C’est aussi le présage que la ménagère va retrouver son panier le sachet n’étant plus. Croyez-moi, un panier de ménagère donne du sourire à beaucoup de ventres de chômeurs, mieux que le sachet.

Si le sachet disparait, disparaitront aussi les sachets d’eau. Ils sont le nœud du problème. Les éléments principaux de salissure de nos espaces publiques. Boire un sachet d’eau, puis le jeter au gré du mouvement de la main dans la rue. Ce geste est banal, mais lourd de conséquence. Des milliers de gestes de ce type, qui s’effectuent au quotidien par les citadins, ont contribué à la naissance d’une situation d’invasion de nos villes. A Abidjan comme dans les autres villes, la prolifération des entreprises de vent d’eau est lourde de conséquence. Les sachets qui ne sont pas biodégradables, bouchent les caniveaux, salissent le décor des villes, et contribuent à la destructions et dégradation des infrastructures urbaines.

Ensuite les magasins, les lavages autos, …

Ils poussent en bordure de nos routes comme des champignons. Tant que leurs propriétaires sont en règles avec les collectivités locales ou territoriales, ils peuvent sans être inquiétés, mener leurs activités. Juste des planches dressées en forme de pont et dessus, on construit des maisonnettes, des cabanons en bois ou en tôles qui servent de magasins ou des restaurants. Le problème de ces installations anarchiques, c’est qu’elles étouffent les caniveaux, bloque la circulation des déchets solides. Ce qui oblige l’eau de ruissellement à sortir de son chemin provoquant souvent l’inondation et la dégradation des chaussées (nid de poule, effritement du goudron…). Lorsque les déchets solides ne peuvent pas être drainé dans le courant de l’eau, se forment autour des dépôts progressifs de sable et d’argile, ensablant du coup les canaux. Les lavages autos de fortune, montés le long des autoroutes en font autant. Tous les résidus de sable et de boue qui tombent des véhicules lavées sont entrainés vers les caniveaux immédiatement.  Ces entreprises constituées au pif, ne songent pas à curer les caniveaux dont leurs activités contribuent au bouchage progressif. Aucun collecteur de taxe, aucun service technique de Mairie, ne songe à inviter ces dernières à faire la toilette de leur environnement après le service. Cette fois encore, on dira que c’est de la responsabilité de l’Etat de nettoyer.

Puis les afficheurs opportunistes…

Arret de bus à Abidjan (© photo – Badra)

Tous les moyens sont bons pour sauver les âmes perdues. Car brebis égarées, il y en y a partout. De Cocody à Abobo en passant par le Plateau et bien d’autres communes et villes du pays…Des feux tricolores et couloirs d’ascenseurs, sur les murs de chantiers, des bâtiments hospitaliers, scolaires, privés…rien n’échappe à l’œil des organisateurs de spectacles et activités culturelles ou religieuses, aux guérisseurs intrépides et autres promoteurs de divers produits, notamment les écoles boutiques toujours en promotion, quand il s’agit de diffuser leur message. On affiche tout. Soirées privées, annonces d’offre d’emploi, proposition de services et quoi encore. Dans cet élan, religieux, tradipraticiens,… salissent le décor urbains en envahissant sans autorisation, ni scrupules tous les supports se trouvant en face d’eux. En affichant ca et là et anarchiquement, ils sapent bon gré mal gré le peu qui reste de notre esthétique urbaine. J’aurai bien voulu en dire plus, mais passons.

Enfin les pisseurs de la place publique…

C’est l’avis d’un ami. Drôle j’ai trouvé comme avis et analyse. Il m’a dit : «  au nombre de fouteurs de merdes à notre environnement, il y a incontestablement, les pisseurs. Ceux qui sortent leur kiki et le font vomir partout. Pipi sent plus que caca. Caca, enrichit le sol, rend dodues toutes les feuilles comestibles que mes sœurs dioula vendent dans les marchés. Or pipi, lui, ronge les murs, rend irrespirable certain endroit, fait progressivement tomber les murs, tue les herbes. A Abidjan, on tolère moins ceux qui chient que ceux qui pissent. Car si on ne descente pas aussi facilement le pantalon pour chi…r, même en situation de diarrhée, le pisseur, lui est un effronté. En urinant partout, il contribue à la dégradation de notre espace. » Mon ami à tout dit. Pour résoudre son problème, la solution est bien simple : construire des latrines publiques.

Au final, on en vient à la conclusion que l’incivisme environnemental est bien encré dans les mœurs parce qu’il n’y a pas d’infrastructures adaptées et de proximités, mais aussi parce que les politiques d’assainissement, se résument et se limitent à des discours. Il faudra du temps pour que cela change. Peace.

About aly

Moi, apprenti philosophie, apprenti blogueur, amoureux des TIC sans volonté de prise en mains des outils. #UNBCI_ #SiamoisScout #CCitoyennes
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3 Responses to JE SALIS MA VILLE ET APRES?

  1. C’est vraiment un bon regard sur la cité. On fait du n’importe quoi et puis y a rien.

  2. seydou says:

    mon type tu n’est plus le petit bloguer ; je suis de plus en plus fiers de tes articles. merci pour le regard

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